Marcus Eli Ravage : Commissary to the Gentiles (Traduction française)

Vous les chrétiens vous inquiétez et vous plaignez de l’influence juive sur votre civilisation. Nous sommes, vous dîtes, un peuple international, une minorité compacte au milieu de vous, avec des traditions, des intérêts, des aspirations et des objectifs distincts des vôtres.
Et vous déclarez que cette situation est une menace pour votre développement harmonieux; vos impulsions en deviennent confuses, vos objectifs sont tenus en échec : cela met en désordre votre destinée. Je ne vois pas vraiment le danger… Votre monde a toujours été contrôlé par des minorités, et selon moi, connaître l’origine lointaine de la clique gouvernante et de son crédo n’a que très peu d’intérêt. L’influence [juive], d’un autre côté, est incontestablement là, et se trouve être bien plus grande et plus insidieuse que ce que vous semblez réaliser.

C’est ce qui nous déconcerte et nous amuse et parfois nous exaspère dans votre jeu de provocations envers les juifs. Cela sonne vraiment comme un « mauvais présage » : vous cheminez en murmurant de façon terrifiante à propos du juif dans tel ou tel domaine. Cela nous fait frémir…sur le moment. Nous sommes conscients du préjudice que nous vous avons fait subir en imposant sur vous notre foi et nos traditions étrangères. « Supposons », disons-nous en tremblant, « supposons que vous vous éveilliez à l’idée que votre religion, votre éducation, votre morale, votre système social, gouvernemental et légal sont fondamentalement de notre fait. » Puis vous continuez votre diatribe trop détaillée et continuez à parler vaguement de financiers et de producteurs de cinéma juifs! Et là notre terreur se dissout dans les rires : le goy, nous le constatons avec soulagement, ne connaîtra jamais la réelle noirceur de nos crimes!

Bref, on ne s’en sort pas! Soit vous ne savez pas, soit vous n’avez pas le courage pour nous accuser de ces faits, pour lesquels il y a au moins une ombre d’évidence, et qu’un jury intelligent pourrait examiner calmement. Pourquoi débattre à propos de broutilles peu convaincantes quand vous pourriez facilement nous accuser de sérieuses et concrètes offenses? Pourquoi nous jeter au visage un faux malhabile comme les Protocoles des Sages de Sion quand vous pourriez tout aussi bien nous confronter avec la Révélation de Saint Jean? Pourquoi parler de Marx et Trotski quand vous avez Jésus de Nazareth et Paul de Tarse pour nous confondre?

Vous nous appelez subversifs, agitateurs, fomenteurs de révolution. C’est la vérité, et je tremble de votre découverte. Cela pourrait être facilement démontré que nous avons été à la base de toutes les révolutions majeures de votre histoire, juste par un effort minime d’approfondissement et de conciliation des faits. Nous avons eu sans l’ombre d’un doute une implication quantifiable dans la rébellion Luthérienne, et c’est un simple fait que nous avons été les premiers « motionnaires » dans les révolutions démocratiques bourgeoises passées, que ce soit en France ou en Amérique. Si nous ne l’étions pas, nous ne savions pas où étaient nos propres intérêts! Mais est-ce que vous pointez un doigt accusateur et nous impliquez dans ces crimes haineux et reconnus? Pas du tout? Vous nous avez pourtant étrangement rendus responsables de la récente Grande Guerre et du soulèvement en Russie, qui ont fait le plus grand mal aux juifs eux-mêmes, résultat final qu’un collégien aurait d’ailleurs pu prévoir sans problème.
Mais même ces complots et révolutions ne sont rien comparés avec la grande conspiration que nous avons organisée au début de cette ère et qui était destinée à faire du crédo d’une secte juive la religion de l’Occident. La Réforme ne découlait pas entièrement de la volonté de nuire. Nous avons réglé nos comptes avec un vieil ennemi et remis notre Bible à sa place d’honneur dans la chrétienté, les révolutions républicaines du 18ème nous ont libéré de nos handicaps sociaux et politiques de longue date. Cela nous a profité mais ne vous a pas fait de mal. Au contraire cela vous a permis de prospérer et de vous étendre. Vous leur devez votre proéminence dans le monde. Mais le soulèvement qui a amené le christianisme en Europe était planifié et exécuté par des juifs comme un acte de revanche contre un grand état gentil. Et quand vous parlez de conspirations juives, je n’arrive vraiment pas à comprendre pourquoi vous ne mentionnez pas la destruction de Rome et de toute la civilisation antique aux mains de la chrétienté juive, qui sont définitivement à mettre à notre charge.

C’est incroyable, mais vous les chrétiens avez l’air de ne pas savoir d’où vient votre religion, ni comment, ni pourquoi… Vos historiens, à une – majeure – exception près, ne le vous disent pas. Les documents relatifs à cette affaire, qui font partie de votre Bible, vous chantez dessus, mais vous ne les lisez pas! Nous avons fait notre travail tellement minutieusement que vous croyez notre propagande de façon tacite. L’avènement du christianisme est pour vous non pas un évènement historique ordinaire se déployant à partir d’autres évènements dans le temps, mais la réalisation complète d’une prophétie juive divine, avec certains amendements à votre convenance. Cela n’a pas, comme vous avez pu le constater, détruit une grande civilisation et un grand empire gentils qui à l’époque combattait les juifs, cela n’a pas plongé l’humanité dans la barbarie et l’obscurité pour des millénaires; c’est arrivé pour amener le Salut au monde des gentils !

Déjà à l’époque, il y avait un grand mouvement subversif, lancé de Palestine, répandu par des agitateurs juifs, financé par de l’argent juif, enseigné dans les pamphlets juifs et les tranchées juives, à une époque ou Rome et les juifs s’affrontaient à mort, et qui s’acheva dans l’effondrement du grand empire gentil. Vous ne le voyez même pas, pourtant un enfant intelligent, qui ne serait pas embrumé par la magie théologique, pourrait vous dire de quoi il s’agit après une rapide lecture des faits! Et ensuite vous commencez à jacasser à propos de conspirations juives et citez par exemple la Grande Guerre et la Révolution Russe! Pouvez-vous imaginer pourquoi les juifs ont toujours pris votre anti-sémitisme plutôt à la légère, tant qu’il n’aboutissait pas à une violence physique?

Et figurez-vous qu’une sommité comme Gibbon a essayé de vous éclairer il y a longtemps. Cela fait un siècle et demi que « Le déclin et la chute de l’empire romain » a vendu la mèche! Gibbon n’était heureusement pas un prêtre « faisant dans la recherche historique », il n’essaya donc pas d’expliquer la fin d’une grande période en inventant des non-sens stupides à propose du vice et de la dégradation de Rome, à propos du décès de la morale et de la foi dans l’Empire qui était à ce moment là dans la plus faste des ses époques. Comment aurait-il pu? Gibbon vivait à la période augustéenne à Londres, ville qui était, malgré un différentiel de presque 2000 ans depuis la venue du salut chrétien, une bonne réplique de la Rome antique en matière de fine débauche, avec les moyens dont les anglais disposaient alors… Non, Gibbon était un « gentil » tout à fait conscient au niveau racial et un admirateur de la culture païenne occidentale, ainsi qu’un historien avec un cerveau et des yeux! De ce fait, il n’a eu aucune difficulté à indiquer la maladie qui avait pourri et rendu inutile le noble édifice de la civilisation antique. Il indiqua clairement le christianisme comme cause, « la loi qui traverse Zion et le verbe du Dieu de Jérusalem » comme cause centrale du déclin et de la chute de Rome et de tout ce qu’elle représentait.

Jusqu’ici tout va bien. Mais Gibbon n’a pas été assez loin. Il est né et est mort un siècle avant l’invention de l’antisémitisme scientifique. Il n’a pas du tout pris en compte l’élément le plus sujet à débat. Il avait juste constaté un crédo qui s’était étendu à partir de l’Est pour finir par submerger les honnêtes terres occidentales. Cela ne lui vint jamais à l’idée que tout ce « schéma de salut » était délibéré, organisé. Et pourtant les faits sont aussi clairs que vous pourriez le souhaiter!

Laissez-moi très rapidement vous rappeler ce conte, sans broderies miraculeuses, magiques ou prophétiques.

Pour avoir une bonne perspective, je dois revenir assez loin en arrière. L’action se déroule conventionnellement en 4 parties, action qui atteint son apogée dans la 3ème partie. Quand le rideau s’ouvre, nous sommes 65 ans avant JC, les personnages dramatiques sont Rome et la Judée, ainsi que quelques rôles secondaires mineurs. La Judée est un petit royaume à l’est de la Méditerranée. Pendant 500 ans, ce mot n’était pas plus qu’une expression géographique. Encore et encore ce territoire a été envahi et détruit et ses populations envoyées en exil ou mises en esclavage par ses puissants voisins. Symboliquement indépendant, c’est un territoire instable et au bord de la guerre civile au moment où je commence ce récit. L’empire de l’Ouest, avec en son centre la République de Rome, bien que pas encore maître du monde se dirige rapidement vers cet objectif final. Rome est reconnue comme une grande puissance militaire de l’époque ainsi que comme l’héritière de la Grèce et le centre de la Civilisation.

Jusqu’à maintenant, les deux Etats n’ont eu que très peu de contacts ensemble. Et soudain sans sollicitation de sa part, Rome est appelée à trancher dans des affaires en Judée. Une dispute entre deux frères s’est élevée à propos de la succession au trône, et le général romain Pompei, qui se trouvait à Damas en train de régler des affaires plus importantes, est demandé comme arbitre. Avec l’aplomb typique du soldat républicain, Pompei exila l’un des frères et livra le haut clergé à son rival, tout en abolissant la dignité royale au passage. Pour ne rien gâcher, la médiation de Pompei avait eu pour effet de faire de la Judée une dépendance romaine. Les juifs, on peut le comprendre, objectèrent et Rome par souci de conciliation et de respect des coutumes locales restaura l’office royal. Elle nomma, ceci-étant, un Roi de son choix. C’était le fils d’un collecteur de taxes, un édomite de race, prénommé Hérode. Mais les juifs n’étaient pas apaisés et continuèrent à créer des troubles. Rome considéra cela comme très ingrat de leur part.

Tout ceci est à peine un prélude, et est introduit dans l’action pour clarifier ce qui va suivre.
Le mécontentement juif grandit jusqu’à la défiance et même la révolte ouverte quand les maîtres gentils commencèrent à importer à Jérusalem les bienfaits de la culture occidentale. Images gravées, jeux athlétiques, drame grec et spectacles de gladiateurs n’étaient pas du goût des juifs. Les pieux sentaient dans ces activités une offense aux narines de Jéhovah, même si les résidents officiels expliquèrent patiemment que tout cela était exclusivement à destination des garnisons non-juives, pour leur distraction et leur éducation. Les judéens résistèrent surtout avec véhémence à l’arrivée du collecteur de taxes romain particulièrement efficace. Par dessus tout ils voulaient de nouveau un Roi de leur propre lignée.

Parmi les masses, la rébellion prit la forme d’un renouveau de l’idée – ancienne – de Messie. Un sauveur, envoyé divin, qui sauverait son peuple du joug étranger et rendrait la Judée suprême au milieu des Nations. Les volontaires pour cette mission ne l’étaient pas vraiment. En Galilée, un Judas mena une assez formidable insurrection, qui reçut un certain succès populaire. Jean, appelé le Baptiste, opérait dans le territoire jordanien. Il était suivi par un homme du nord du pays, Jésus de Nazareth. Tous les trois étaient passés maîtres dans l’art de glisser des appels incendiaires à la révolte politique dans des phrases théologiques d’aspect inoffensif. Tous trois usèrent du même code de révolte : « Le moment est à notre portée. » Et tous trois furent rapidement arrêtés et exécutés, les deux galiléens par crucifixion.

Mis à part ses qualités individuelles, Jésus de Nazareth était, comme ses prédécesseurs, un agitateur politique engagé dans la libération de son pays. Il y a même des preuves évidentes du fait qu’il entretenait l’ambition de devenir Roi d’une Judée indépendante. Il se réclama, ou ses biographes le firent pour lui, de la descendance du Roi David. Mais sa paternité est confuse. Les mêmes écrivains qui retracent l’origine du mari de sa mère jusqu’au Roi des Psaumes le décrivent aussi comme le fils de Jéhovah, et admettent que Joseph n’est pas son père.

Il semble néanmoins que Jésus finit par réaliser que son but était sans espoir et il recycla alors ses talents oratoires et sa popularité dans une autre direction. Il commença à prêcher une forme primitive de populisme, de socialisme et de pacifisme. L’effet de ce changement de programme fut un regain immédiat d’hostilité de la part des importantes classes possédantes, des prêtres et des patriotes en général, et réduisit ses soutiens aux masses pauvres et laborieuses et aux esclaves.

Après sa mort, ces disciples modestes se rassemblèrent d’eux-mêmes dans une fraternité communiste. Un sermon que leur ancien leader donna un jour sur une colline résuma pour eux l’essence de ses enseignements, et ils en firent leur règle de vie. C’était une philosophie calculée pour plaire profondément aux gens humbles. Cela réconfortait ceux qui souffraient ici sur terre en leur promettant des récompenses au-delà de la tombe.
Les nécessités de la pauvreté devinrent des vertus. Les gens sans espoir d’avenir étaient fermement invités à ne plus penser au lendemain. Les hommes trop faibles pour se permettre d’avoir du ressentiment quand on les insultait ou les blessait étaient incités à ne pas « résister au mal ». Ceux condamnés à une vie de corvée et d’indigence étaient assurés de la dignité du travail et de la pauvreté.

Le modeste, le rejeté, le déshérité, l’exclu, tous allaient être – dans l’au-delà – les élus et favoris de Dieu. Le mondain, l’ambitieux, le riche et le puissant allaient se voir dénier l’accès au paradis!

Le résultat immédiat de la mission menée par Jésus était donc à ce moment là une nouvelle secte en Judée. Ni la première, ni la dernière. La Judée, comme l’Amérique moderne, a toujours été un sol fertile pour les crédos étranges. Les ébionites, les « pauvres » comme ils se désignaient eux-mêmes, ne voyaient pas leurs croyances comme une nouvelle religion. Juifs ils étaient nés, juifs ils restaient. Les enseignements de leur maître étaient par nature de l’ordre de la philosophie sociale, une conduite éthique, un style de vie. Pour les chrétiens modernes qui ne fatiguent jamais de demander aux juifs pourquoi ils n’ont pas accepté Jésus et ses enseignements, je peux seulement répondre que pendant longtemps seuls des juifs l’ont cru! Etre surpris que tout le peuple juif ne devint pas ébionite est aussi intelligent que de s’attendre à ce que tous les américains rejoignent les unitariens, les baptistes ou les scientistes chrétiens.

En temps ordinaire, on accorderait peu d’attention à une fraternité loqueteuse. Esclaves et laboureurs pour la plupart, leur modestie aurait même pu être encouragée par la classe guerrière. Mais avec le pays en plein milieu d’un conflit avec un ennemi étranger, cette philosophie métaphysique, détachée du monde, prit un aspect dangereux. C’était un crédo de désillusion, résignation et défaite. Cela menaçait de miner le moral des combattants en temps de guerre. Cette bénédiction des pacifistes et faiseurs de paix, tendre l’autre joue, la non-résistance, cet amour de l’ennemi, tout cela ressemblait à une tentative délibérée de paralyser la volonté nationale à travers une crise tout en assurant la victoire à l’envahisseur.

Sans surprise, les autorités juives commencèrent à les persécuter. On envahissait et dispersait leurs réunions, leurs leaders étaient jetés en prison, leur doctrine prohibée.
Pendant un temps on aurait pu croire que leur secte disparaitrait vite. Puis de façon inattendue, le rideau se lève sur l’acte trois, et les évènements prennent soudain une tournure nouvelle.

Peut-être que l’adversaire le plus acharné de la secte était Saul, un fabricant de tentes. Natif de Tarse et donc homme éduqué à la culture grecque, il méprisait les nouveaux enseignements pour leur détachement du monde sensible. Patriote juif, il redoutait leurs effets sur la cause nationale. Voyageur connaissant plusieurs langues, il était tout désigné pour la tâche de se rendre dans des communautés juives éparpillées afin d’y combattre les doctrines socialistes pacifiques en plein essor. Les leaders à Jérusalem le nommèrent chef-persécuteur des ébionites.

Il se rendait à Damas un jour pour arrêter un groupe de la secte quand une nouvelle idée lui vint. Pour utiliser l’étrange formulation du Livre des Actes, il eut ce qu’on appelle « une vision ». Deux visions en fait. Il perçut en premier lieu à quel point les espoirs de la petite Judée de gagner étaient désespérément nuls dans un conflit armé face à la plus grande force militaire au monde. Ensuite, plus important, l’idée lui vint que le crédo vagabond qu’il réprimait de façon virulente pouvait être transformé, re-forgé, en une arme irrésistible contre le formidable ennemi. Pacifisme, non-résistance, résignation, amour, c’étaient des enseignements dangereux à domicile. Répandus parmi les légions ennemies, ils pourraient briser leur discipline et ainsi assurer la victoire à Jérusalem. Saul, en un mot, était probablement le premier homme à voir les possibilités de conduire la guerre par la propagande.

Il séjourna à Damas, et là, à la stupeur de ses amis et de ses futures « victimes » il annonça sa conversion à la foi et demanda l’admission dans la fraternité. A son retour à Jérusalem il présenta sa nouvelle stratégie devant les Sages de Sion assez surpris! Après de nombreux débats et études « divinatoires », elle fut adoptée. La résistance fut plus forte du côté des leaders ébionites de la capitale. Ils n’avaient pas confiance en ses motivations, et ils craignaient que sa proposition de dépouiller la foi de ses anciens préceptes juifs pour la rendre acceptable aux « gentils » n’incite à la fraternité avec des étrangers à demi-converti tout en diluant sa puissance initiale. Mais finalement il triompha d’eux aussi. Et ainsi Saul, le persécuteur le plus appliqué des soutiens de Jésus devint Paul, l’apôtre des gentils. Et ainsi, incidemment, commença l’essor dans les terres païennes de l’Ouest d’une toute nouvelle religion orientale.

Malheureusement pour le plan de Paul, la nouvelle stratégie marcha trop bien… Sa nouvelle théologie restructurée et plutôt séduisante fit énormément de convertis, plus vite qu’il n’aurait jamais osé l’espérer, ni même au fond le souhaiter. Son idée, il faut le garder à l’esprit, était de nature purement défensive. Il n’avait jusqu’à maintenant pas de volonté consciente d’évangéliser le monde; il espérait seulement décourager l’ennemi. Une fois ceci accompli et les garnisons romaines hors de Palestine, il était prêt à appeler à une trêve. Mais les esclaves et les oppressés de l’Empire, les malheureux conscrits de l’armée, et même le prolétariat affamé par le capital trouvèrent autant de réconfort dans la version du crédo modifiée par Paul que les pauvres juifs en avaient trouvé dans les enseignements originaux de leur maître crucifié. Le résultat de ce succès imprévu fut d’ouvrir les yeux à l’ennemi. Des rapports plutôt perturbants d’insubordination parmi les troupes remontaient vers Rome, rédigés par des gradés de l’armée en Palestine et ailleurs. Au lieu de pousser les autorités impériales à la réflexion et à la pause dans le conflit, cela renforça leur détermination. Rome fondit sur Jérusalem avec feu et épée, et après un siège féroce de 4ans, elle détruisit le nid de l’agitation (70 A.D). Ou du moins elle pensait l’avoir détruit…

Les historiens de l’époque nous enlèvent tout doute sur les buts de Rome. Ils nous racontent que Néron envoya Vespasien et son fils Titus avec l’ordre explicite et défini d’anéantir la Palestine et le christianisme dans un même mouvement. Pour les romains, le christianisme n’était rien moins que du militantisme judaïque, une interprétation qui d’une certaine façon n’est pas si éloignée de la réalité factuelle. Concernant le voeu de Néron, il avait été exaucé, à moitié au moins. La Palestine fut si dévastée qu’elle reste encore aujourd’hui une ruine politique. Mais le christianisme ne fut pas si facilement détruit.

En fait, ce fut seulement après le siège de Jérusalem que le programme de Paul prit son plein essor. Jusqu’à présent, sa tactique, je l’ai dit, consistait à effrayer le conquérant, à la façon de Moïse jetant un sort aux Pharaons. Il avait manoeuvré avec précaution et de façon hésitante, afin de ne pas exciter le puissant ennemi. Il voulait désormais pouvoir arborer sa nouvelle épée et laisser l’ennemi en sentir le tranchant, mais il doutait et faiblissait à l’idée de l’utiliser dans un combat à pleine force. Maintenant que le pire était arrivé et que la Judée n’avait plus rien à perdre, il pouvait jeter ses scrupules au fossé et amener la guerre en territoire ennemi. Le but était maintenant rien moins que de rendre Rome humble comme elle avait rendu Jérusalem humble, de la rayer de la carte de façon symétrique à la Judée.

Si les écrits de Paul ne vous suffisent pas à prouver mon interprétation, je vous invite à porter votre attention sur son associé Jean, plus candide. Quand Paul, qui opère dans l’ombre du palais impérial et passe la moitié de son temps dans les prisons romaines, est obligé de ruser avec des paraboles et indices voilés, Jean, qui lui s’adresse à des « asiatiques » pauvres, peut se permettre le luxe d’être explicite. En tout cas, son pamphlet intitulé « Révélation » est, en vérité, une révélation sur cette hallucinante opération.

Rome, nommée Babylone de façon fantaisiste, est minutieusement décrite dans un langage haineux et postillonnant comme « la mère des prostituées et des abominations sur Terre », « la femme saoule du sang des Saints » (chrétiens et juifs), comme l’oppresseur des « peuples et multitudes et nations et langues » et, afin d’ôter tout doute sur son identité, comme la grande cité qui règne sur les Rois de la Terre. « Un ange pleure triomphalement, Babylone la grande est tombée. » Ensuite vient une description orgiaque de ruines. Commerce et industrie et échanges maritimes sont au point mort. Art et musique et les « voix du marié et de la mariée » sont devenus silencieux. Les gentils conquérants chrétiens se vautrent dans le sang jusqu’à la bride de leur cheval. « Ciel, réjouis-toi sur elle! Et vous, les saints, les apôtres, et les prophètes, réjouissez-vous aussi! Car Dieu vous a fait justice en la jugeant. »

Et quels sont la cause et le propos de tout ce chaos et cette dévastation? Jean n’est pas trop réticent à nous les dévoiler dans la mesure où il conclut sa pieuse prophétie par la glorieuse vision d’une nouvelle – c’est à dire restaurée – Jérusalem : pas une allégorie fantaisiste, croyez-moi, non littéralement Jérusalem, la capitale du grand empire réunifié des douze tribus des enfants d’Israël.
Qui pourrait souhaiter quelque chose d’encore plus clair que ça?

Bien sûr, aucune civilisation ne peut se prémunir éternellement contre ce genre d’assaut.
Le temps d’arriver à la fin du second siècle (A.D), les efforts de Paul et Jean et leurs successeurs avaient permis une telle percée parmi toutes les classes de la société romaine que le christianisme était devenu majoritaire dans l’Empire. Pendant ce temps, comme l’avait prévu Paul, la morale et la discipline romaines s’étaient enrayées, et c’est ainsi que les légions romaines, auparavant la terreur du monde et la colonne vertébrale de la culture occidentale, perdirent de plus en plus de terrain face aux envahisseurs barbares.
En l’an 326, l’empereur Constantin, espérant contrôler l’insidieuse maladie, se soumit à la conversion et proclama le christianisme religion officielle. C’était trop tard. Après lui l’empereur Julien essaya de nouveau la technique de la « suppression ». Mais ni la résistance ni la concession ne furent plus d’aucune aide. Le corps politique romain était complètement rongé par la propagande palestinienne. Paul avait triomphé.

C’est ainsi, au minimum, que j’interpréterais l’arrivée d’un crédo juif « taillé sur mesure » dans le monde occidental, si j’étais un anti-sémite à la recherche d’un échantillon crédible de conspiration subversive juive.

 

(The Century Magazine, Fév. 1928, traduction perso)

Texte original en anglais : http://www.patriot.dk/commissary.html

 

Capturegentil

 

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